Pourtant, on sait tous ce que c'est et on a tous expérimenté comment cela fonctionne.
J'explique à mes patients quelque chose de très simple : quand on va passer son bac, il y en a la moitié qui ont la diarrhée, l'autre moitié qui est constipée, et tout le monde a mal au ventre. Les liens sont intuitifs, ils sont connus.
Les premiers travaux scientifiques sur l'axe cerveau-intestin remontent en réalité à Pavlov.
Avant Pavlov, une anecdote assez étonnante est souvent citée. À la fin du XIXe siècle, un homme reçoit un coup de chevrotine dans l'abdomen et développe une ouverture entre son estomac et sa peau. À chaque fois qu'on lui apportait son repas, des sécrétions gastriques apparaissaient. Le chirurgien William Beaumont, de l'US Army, a réalisé de nombreux travaux scientifiques à partir de cette observation.
Par la suite, les célèbres travaux de Pavlov ont montré l'influence des stimuli auditifs et visuels sur ce qu'il appelait la « sécrétion psychique ». Ces recherches ont permis de mettre en évidence des réalités physiologiques au sein de l'axe cerveau-intestin.
Comment le microbiote communique-t-il avec le cerveau ?
On pourrait résumer la situation ainsi :
« Allô cerveau, ici le microbiote. »
Celui qui parle le plus est probablement le cerveau. Toutefois, des informations remontent également du microbiote vers le cerveau.
Pour cela, il faut franchir la barrière intestinale. Les signaux empruntent principalement deux voies :
- le nerf vague, qui transmet majoritairement des informations vers le cerveau ;
- les médiateurs de l'inflammation qui peuvent circuler dans le sang.
La question est alors de savoir jusqu'où le microbiote peut influencer nos émotions ou notre humeur.
Des études montrent que certaines bactéries sont capables de produire des molécules impliquées dans la communication entre les neurones, appelées neuromédiateurs.
Cependant, entre la capacité d'une bactérie à fabriquer une molécule en laboratoire et un effet réel sur le cerveau humain, il reste de nombreuses étapes à démontrer.
Aujourd'hui, cela demeure un vaste champ de recherche.
Stress, microbiote et comportement : ce que montrent les études
De nombreux travaux se sont intéressés à l'influence du microbiote sur la réponse au stress.
Chez l'animal, on observe que :
- selon le type de microbiote, les réponses au stress peuvent varier ;
- les antibiotiques peuvent modifier ces réponses ;
- certains probiotiques semblent les diminuer.
Les chercheurs se sont aussi intéressés à l'axe hypothalamo-hypophysaire, qui régule notamment la sécrétion du cortisol, l'une des principales hormones du stress.
Chez les animaux dépourvus de microbiote, dits germ free, les réponses au stress apparaissent plus importantes.
D'autres expériences ont montré des résultats encore plus surprenants : lorsqu'on transplante le microbiote d'une souris calme à une souris plus agitée, certaines caractéristiques comportementales semblent être transmises.
Les souris calmes deviennent plus excitées et inversement.
Chez l'être humain, nous sommes encore très loin de pouvoir tirer des conclusions similaires.
Le cerveau influence aussi l'intestin
L'influence fonctionne dans les deux sens.
Le cerveau peut :
- moduler la perception de la douleur ;
- accélérer le transit ;
- ralentir le transit ;
- influencer certains symptômes digestifs liés au stress.
Ces observations ouvrent des pistes thérapeutiques, notamment autour de l'hypnose.
Peut-on démontrer un effet direct du microbiote sur l'humeur ?
À ce jour, la réponse reste prudente.
Certaines souches bactériennes peuvent produire :
de la sérotonine ;
de la dopamine ;
du GABA ;
de l'adrénaline.
Mais ces observations sont généralement réalisées en laboratoire, dans des conditions très éloignées de la réalité complexe du microbiote intestinal humain.
Avant d'affirmer qu'une bactérie influence directement nos émotions ou nos comportements, il reste encore beaucoup de recherches à mener.
« Cela reste un grand peut-être à l'heure actuelle. »
Microbiote et maladies neurologiques : où en est la recherche ?
Autisme
Des différences de composition du microbiote ont été observées chez certains enfants atteints de troubles du spectre autistique.
Des travaux sur la transplantation fécale ont montré des résultats encourageants, mais ils restent préliminaires.
Il est aujourd'hui impossible d'affirmer que le microbiote est une cause directe de l'autisme.
Maladie d'Alzheimer
Le microbiote a été largement étudié dans ce contexte, mais les résultats restent encore limités et aucune conclusion forte ne peut être tirée.
Maladie de Parkinson
La situation est un peu différente.
Des chercheurs ont observé que certains patients atteints de Parkinson présentent des troubles digestifs, notamment de la constipation, plusieurs années avant les symptômes neurologiques.
Par ailleurs, certaines bactéries intestinales pourraient métaboliser la L-Dopa, principal traitement de la maladie, avant qu'elle n'atteigne le cerveau.
Dans ce cas, le microbiote influencerait donc la réponse au traitement plutôt que la maladie elle-même.
Intestin irritable : une pathologie réelle et fréquente
Le syndrome de l'intestin irritable associe généralement :
- des douleurs abdominales ;
- des troubles du transit ;
- de la diarrhée ;
- de la constipation ;
- ou une alternance des deux.
Selon les estimations évoquées, il concernerait entre 1 % et 5 % de la population.
Avant de poser ce diagnostic, il est indispensable d'exclure d'autres maladies grâce à différents examens :
- analyses biologiques ;
- endoscopies ;
- recherches de maladies inflammatoires ;
- dépistage de pathologies plus graves.
Pourquoi l'hypnose peut-elle aider ?
L'hypnose fait partie des approches dont l'efficacité est la mieux documentée dans l'intestin irritable.
En travaillant notamment sur :
- la douleur ;
- le transit ;
- la gestion du stress ;
de nombreux patients constatent une amélioration progressive de leurs symptômes.
L'influence du cerveau sur les fonctions digestives est aujourd'hui largement reconnue, même si tous les mécanismes ne sont pas encore parfaitement compris.
L'alimentation : un levier majeur
L'une des avancées importantes de ces dernières années concerne le régime pauvre en FODMAPs.
Les FODMAPs sont des composés fermentescibles qui peuvent :
- augmenter la présence d'eau dans l'intestin ;
- accroître la production de gaz ;
- favoriser les douleurs digestives ;
- provoquer diarrhées ou constipation.
Chez certains patients, ce régime apporte une amélioration significative des symptômes.
Cependant, il est particulièrement contraignant et doit être mis en place avec l'accompagnement d'un professionnel.
Transplantation fécale : prudence
La transplantation fécale est aujourd'hui un traitement reconnu dans certaines infections, notamment celles à Clostridium difficile.
En revanche, son utilisation pour d'autres indications reste à l'étude.
« Il ne faut surtout pas faire de transplantation fécale maison. »
Les risques et effets à long terme sont encore imparfaitement connus.
Le microbiote représente un écosystème extrêmement complexe comportant plusieurs milliers d'espèces microbiennes.
Stress, traumatismes et symptômes digestifs
Chez certains patients, des événements de vie difficiles peuvent jouer un rôle important :
- traumatismes ;
- violences ;
- surcharge de travail ;
- burn-out ;
- situations de stress chronique.
Ces éléments peuvent s'exprimer sous forme de symptômes digestifs.
L'écoute du patient, le dialogue et parfois une prise en charge psychologique adaptée font alors partie intégrante du traitement.