Quel rôle joue l’alimentation dans la relation entre le microbiote intestinal et le cerveau ?
Notre alimentation contribue à l’équilibre et à la diversité du microbiote intestinal. Or, celui-ci participe au dialogue entre l’intestin et le cerveau, une communication bidirectionnelle qui peut notamment influencer notre humeur et notre bien-être mental.
Dans cette table ronde, des spécialistes en gastro-entérologie, nutrition et médecine générale explorent ces liens autour d’un dîner imaginé par la cheffe Albane Auvray et la diététicienne-nutritionniste Solveig Darrigo-Dartinet. Ils abordent notamment le rôle des fibres, les bénéfices d’une alimentation de type méditerranéen et l’importance d’adapter ses habitudes alimentaires à ses besoins.
La parole aux experts : microbiote, alimentation et bien-être mental
Comprendre le microbiote : présentation des intervenants
Cette émission sera l'occasion d'explorer les liens entre notre alimentation, notre microbiote et notre cerveau. Nous verrons comment nos choix alimentaires impactent favorablement ou négativement sur notre humeur. Et puisque le microbiote passe à table, nous aussi nous serons à table tout à l'heure autour d'un excellent dîner.
Professeur Gabriel Perlemuter, vous êtes chef du service d'hépato-gastro-entérologie et nutrition à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart et professeur des universités. Tout d'abord, un rappel, pouvez-vous définir le microbiote ?
Alors le microbiote, c'est l'ensemble des êtres vivants, bactéries, champignons, virus, parasites qui vivent en nous. Vous pouvez avoir plusieurs microbiotes. Vous avez le plus célèbre, le microbiote digestif intestinal, mais vous avez d'autres microbiotes, le microbiote cutané, le microbiote pulmonaire, le microbiote vaginal, le microbiote buccal, etc. Et nous vivons en parfaite symbiose avec l'ensemble de ces êtres vivants.
Professeur Francisca Joly, vous êtes chef du service de gastro-entérologie, des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, de l'assistance nutritive et de la structure d'urgence vasculaire intestinale à l'hôpital Beaujon de Clichy et professeur de nutrition à l'université de Paris. Pourquoi appelle-t-on l'intestin le deuxième cerveau ?
C'est une grande question. Mais tout d'abord, on sait très bien que dans notre cerveau principal, on a des neurones. C'est exactement la même chose dans l'intestin. Tout au long du tube digestif, on a des neurones qui vont avoir une fonction, qui vont nous aider en fait à faire en sorte que l'intestin se contracte, mais aussi qu'il communique avec d'autres organes, dont notre cerveau principal.
Docteur Sarah Longé, vous êtes médecin généraliste et gériatre, ancien praticien hospitalier à l'hôpital de La Rochelle, ancien médecin dans l'unité de médecine préventive de l'hôpital américain de Paris. Est-ce qu'aujourd'hui en consultation, les patients vous parlent du microbiote ?
Alors oui, tout à fait. Il y a beaucoup de patients qui viennent en consultation avec beaucoup d'informations sur le microbiote intestinal. Ils se sont renseignés, ils ont lu des livres ou ils ont lu sur internet et ils posent des questions. Ils viennent même parfois avec des analyses du microbiote intestinal. Et sinon, ce sont des patients qui ne connaissent pas même la structure du tube digestif.
Donc je suis là pour réexpliquer comment fonctionne le tube digestif à partir de la bouche et de ce moment très important de la mastication, et ensuite d'expliquer la structure fondamentale de l'intestin et donc du microbiote.
Agnès Huot, vous êtes une patiente experte souffrant du syndrome de l'intestin irritable. Vous vous êtes engagée il y a quelques années au sein de l'association APSSII. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?
Oui, bien sûr. L'APSSII est l'Association des patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable. Cette association a été créée en 2010 par le professeur Sabaté du CHU de Bobigny en association avec des patients. Donc cette association, elle a été créée avant tout pour faire bénéficier d'un soutien et d'une représentation des patients. Par ailleurs, on a pu observer que ce syndrome souffrait d'un manque de reconnaissance de la part des autorités médicales, d'où la nécessité de créer cette association.
Docteur Emmanuelle Bocandé, vous êtes directrice médicale du laboratoire PiLeJe. Pouvez-vous brièvement nous expliquer pourquoi organiser chaque année une campagne d'information sur les microbiotes ?
En effet, c'est la huitième édition de cette campagne. Tout simplement parce qu'on parle de plus en plus du microbiote et qu'en tant que précurseur dans ce domaine, il nous paraissait très important d'informer et de sensibiliser le plus grand nombre d'individus sur l'importance des relations existant entre le microbiote, l'intestin, la santé et l'alimentation, en croisant des points de vue différents de professionnels de santé et de représentants des associations de patients.
Pendant cette émission, nous allons dîner ensemble car nous allons évoquer l'importance de l'alimentation. Elle est capable de changer notre microbiote avec pour conséquence des modifications chimiques dans le cerveau responsables de notre bien-être mental. Pour accompagner nos discussions, nous dégusterons un menu spécialement conçu par la chef cuisinière Albane Auvray.
Il est composé d'ingrédients choisis par Solveig Darrigo-Dartinet, qui est diététicienne nutritionniste. L'objectif de ce dîner, vous l'aurez compris, prendre soin de notre microbiote et favoriser notre bien-être mental.
L’intestin et le cerveau : une communication bidirectionnelle
Professeur Gabriel Perlemuter, en tant que spécialiste du foie et de l'intestin, comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser au cerveau ?
C'est une longue histoire. Déjà comment je me suis intéressé aux microbiotes aussi. En fait ça a commencé par une histoire simple. Je me suis demandé pourquoi quand une personne consommait de l'alcool, certains allaient bien et d'autres devenaient malades du foie.
Et donc il y a des études qui sont sorties montrant que l'addiction à l'alcool pouvait dépendre de certains paramètres liés aux microbiotes, des signatures du microbiote lui-même, mais également une augmentation de la perméabilité intestinale.
Et de façon parallèle, comme on avait fait des belles publications, les patients ont vu que je travaillais sur le microbiote et beaucoup de patients ont commencé à venir me voir pour que je leur change le microbiote et qu'ils aillent mieux, en particulier des personnes qui avaient un syndrome de l'intestin irritable. Et comme vous n'êtes pas un saucisson, l'intestin irritable ne peut pas être séparé du cerveau et donc on est en plein dans l'interaction cerveau foie tube digestif et microbiote évidemment.
Professeur Francisca Joly, en tant que nutritionniste, qu'est ce qui vous a poussé à vous intéresser à cette thématique ?
Quand on parle d'intestin, on parle de digestion, on parle d'absorption et l'alimentation nécessite d'être digéré, absorbé, c'est ce qui va amener toute l'énergie à l'ensemble des cellules et de l'organisme. Donc on ne peut pas dissocier l'intestin et ses fonctions de la nutrition et dans la nutrition il y a l'alimentation.
Qu'est ce qui vous a poussé à vous intéresser à l'axe intestin-cerveau ?
Alors l'intestin ce n'est pas qu'un tuyau, il y a le contenant, donc on parle beaucoup de microbiote, donc tous ces micro-organismes vivants qui travaillent avec la paroi même de l'intestin et bien au-delà. Mais ce qu'on oublie c'est que l'intestin comprend un système nerveux qui est en partie autonome, donc on a des neurones tout au long du tube digestif et c'est pour ça qu'on parle souvent de deuxième cerveau.
Mais au-delà de ça, c'est que cet intestin avec finalement ses neurones organisés en réseau communiquent avec notre cerveau principal. Il y a ce qu'on appelle le système vague, donc c'est vraiment un système nerveux qui arrive du cerveau qui va vers différentes parties de l'intestin. Alors quand on est stressé, quand on est angoissé, avant un événement important, souvent on sent que notre intestin, on a des contractions, ça travaille des fois, on est obligé de courir aux toilettes parce que l'intestin se contracte.
Donc ça on en a tous conscience. Ce dont on a moins conscience c'est qu'il y a aussi une communication qui va dans l'autre sens, c'est-à-dire de l'intestin vers le cerveau. Et cette communication bidirectionnelle, c'est là où il y a vraiment beaucoup de choses à comprendre et améliorer.
Parce que si on comprend bien que le cerveau communique avec notre intestin, aujourd'hui on peut se poser la question de, finalement, quelle est la place, le rôle de cet intestin et de ce microbiote dans certaines maladies psychiques, neurologiques ou mentales ?
Syndrome de l’intestin irritable et troubles de l’humeur
Professeur Perlemuter, un déséquilibre du microbiote intestinal qu'on appelle une dysbiose, peut-il être à l'origine de différentes maladies digestives, par exemple le syndrome de l'intestin irritable ? Pouvez-vous peut-être déjà définir ce syndrome et nous dire si l'on observe chez ces patients des troubles de l'humeur ?
En ce qui concerne le syndrome de l'intestin irritable, vous me posez la question, est-ce qu'il est seul, est-ce qu'il interagit avec le cerveau ?
Donc le syndrome de l'intestin irritable, ce sont des douleurs abdominales associées à des troubles du transit qui durent un certain temps. Nous ne sommes pas un saucisson, nous ne pouvons pas être coupé en tranches et les personnes qui souffrent d'un syndrome de l'intestin irritable, on peut le décliner sur d'autres douleurs, d'ailleurs on peut le décliner sur des douleurs articulaires, on peut le décliner sur des impériosités mictionnelles, sur des éruptions cutanées, vont avoir une interaction entre le cerveau et le tube digestif.
Cette interaction se fait comme tu l'as dit, de façon bidirectionnelle et à l'évidence, cette interaction se fait par les neurones, par des hormones et quand on veut soigner un syndrome de l'intestin irritable, si on se focalise ou simplement sur la tête ou simplement sur le cerveau, sans prendre la personne dans sa globalité, sans prendre en compte l'interaction du cerveau avec l'ensemble de l'organisme, inversement du microbiote avec l'ensemble de l'organisme, c'est voué à l'échec.
Est-ce que vous constatez parfois des troubles de l'humeur chez ces patients qui souffrent du syndrome de l'intestin irritable ?
Alors il y a plusieurs choses qu'on peut dire, d'une part on sait que la prévalence des troubles de l'humeur est plus importante chez les personnes qui ont un syndrome de l'intestin irritable, on le retrouve quand on discute avec les personnes qui ont un syndrome de l'intestin irritable, il y a des publications qui ont été faites avec des méthodes qu'on appelle pangénomiques pour étudier les différents gènes et les personnes qui ont un syndrome de l'intestin irritable ont des expressions géniques qui croisent avec les pathologies psychiatriques, quelles qu'elles soient, anxiété, dépression, troubles de l'humeur, alors qu'elles ne croisent pas avec les colites inflammatoires, rectocolites hémorragiques, maladies de Crohn notamment, ce qui montre que ce qu'on observe correspond aussi à la réalité biologique.
Les symptômes et le vécu des patients
Agnès, vous représentez l'association APSSII, est-ce que beaucoup de vos adhérents qui sont atteints de ce syndrome se plaignent de troubles de l'humeur ? Peut-être un petit rappel aussi sur les autres symptômes dont souffrent les patients ?
Oui, le syndrome d'intestin irritable regroupe plusieurs symptômes, entre autres principalement des douleurs, des troubles du transit, donc un caractère diarrhée ou constipation, mais également il peut y avoir aussi des ballonnements, et puis des maladies associées, c'est-à-dire des symptômes associés, des comorbidités, on retrouve très fréquemment chez les gens qui nous contactent, en tout cas, on entend beaucoup de plaintes au sujet de fatigue chronique, de douleurs musculaires, de fibromalgie, donc c'est vrai qu'on a une atteinte un petit peu globale de la personne, et avant tout une grande détresse psychologique également, parce qu'effectivement la souffrance et les troubles au quotidien, c'est très très difficile à supporter, ce qui entraîne souvent des conséquences psychologiques.
Justement, professeur Perlemuter, ces troubles de l'humeur sont peut-être donc liés à un déséquilibre du microbiote, mais ils sont aussi la conséquence de cette maladie, comme vous le disiez, qui est très difficile à vivre ?
Effectivement, c'est dans les deux sens. Vous avez des troubles de l'humeur, vous n'êtes pas bien, vous pouvez avoir des douleurs abdominales, mais quand vous avez des douleurs abdominales et vous n'êtes pas entendu, vous vous enfermez sur vous-même, vous n'êtes pas compris, et donc ça vous attrit, ça vous déprime, ça vous angoisse, et donc effectivement, quand vous n'êtes pas bien au niveau du ventre, ça génère des troubles de l'humeur, et vous rentrez dans un cercle vicieux, dans une spirale infernale, où quand vous n'êtes pas écouté, quand vous n'êtes pas pris en charge, vous ne pouvez que tomber.
La prise en charge des troubles digestifs en médecine générale
Docteur Sarah Longé, en tant que médecin généraliste, vous êtes souvent le premier point de contact pour les patients présentant des troubles digestifs avec ou sans altération du bien-être mental. Est-ce que cette notion d'axe intestin- cerveau est habituellement prise en compte en médecine générale ?
Alors oui, pour répondre à votre première question, en effet, en tant que médecin généraliste, on voit arriver en cabinet de médecine de ville beaucoup de patients qui se plaignent de leur ventre, clairement, donc on est le premier rempart, déjà le premier accès à la médecine pour ces patients-là qui ont des douleurs depuis plusieurs années, en général, et qui n'ont pas vu de spécialistes encore, donc on dégrossit un petit peu ce premier symptôme et on essaye de travailler dessus, mais on évalue s'il va y avoir un intérêt à aller voir un spécialiste, un gastro-entérologue, est-ce qu'il y a un intérêt à faire de la biologie, des prises de sang ou des imageries, comme un scanner, une échographie, en tout cas nous, médicalement, en tant que médecin généraliste, on est déjà là en priorité pour voir s'il y a des signes de gravité au niveau de ces problématiques abdominales.
Après, l'axe intestin-cerveau, en général, les gens ne l'abordent pas trop en consultation, mais ça va plus être de notre côté, en tant que médecin généraliste, d'expliquer que, comme il y a des milliards de neurones sur le plan cérébral, il y en a des millions au niveau de l'intestin, et qu'il y a une communication qui se fait entre l'intestin et le cerveau, et que ces communications, qu'elles soient sur le plan nerveux, avec le système nerveux central, sur le plan immunitaire, parce qu'on se rend compte aussi qu'on a 70% du système immunitaire qui est au niveau de l'intestin, il faut bien comprendre que quand on n'est pas en forme et qu'on mange pas bien, on a plus de maladies, on peut plus attraper des virus, donc tout ça c'est lié.
Et donc quand on explique tout ça aux patients en général, que tout est lié, effectivement on se rend compte que si on travaille l'axe du stress, de l'anxiété, de la dépression, qui est parfois présent, et aussi l'axe du microbiote et donc de l'intestin avec une alimentation qui sera le plus adaptée, on peut réussir à améliorer les choses. Et donc il faut prendre le temps de faire tout ça, il faut prendre le temps d'enquêter et de discuter avec les gens.
Stress, dépression et microbiote intestinal
Professeur Joly, vous l'avez dit tout à l'heure, le lien intestin-cerveau est bidirectionnel, donc ça veut dire que le stress peut affecter le fonctionnement de notre intestin, mais qu'à l'inverse, l'intestin peut-il, et donc le microbiote, peut-il aussi contribuer à réguler le stress ?
Alors c'est difficile de dire si l'intestin peut réguler le stress, mais on a de plus en plus de travaux qui montrent que, par exemple dans certaines maladies comme des dépressions sévères, il y a des anomalies du microbiote intestinal. Il y a ce qu'on appelle une dysbiose, un déséquilibre. Alors est-ce que cette dysbiose, elle est liée, on va dire au cerveau, est-ce que c'est lié à des traitements qui ont déjà été mis en place ?
Mais on voit qu'il y a certaines familles de bactéries qui sont augmentées et d'autres qui sont réduites et donc probablement que ça peut favoriser certaines situations de maladies psychiques et de difficultés même à traiter, ou au contraire, peut-être que ce microbiote peut aider à traiter parce qu'on a de plus en plus d'éléments qui semblent montrer que ce microbiote interagit aussi avec les médicaments.
Mais il y a de plus en plus de recherches qui s'intéressent justement à finalement cette interaction et comment on pourrait moduler ce microbiote pour aider en fait dans ces maladies psychiques et donc dans le bien-être psychique global évidemment parce que clairement il y a un rôle de cet intestin qui interagit avec le cerveau.
Professeur Perlemuter, est-ce qu'il existe d'autres maladies dans lesquelles on retrouve une perturbation de l'axe intestin-cerveau ?
Oui, il va y avoir une interaction entre le microbiote et le cerveau, c'est presque évident avec toutes les maladies, quasiment toutes les maladies psychologiques. Ça a été montré dans des modèles animaux, c'est beaucoup plus difficile chez l'homme dans les troubles du spectre autistique, ça a été montré pour moi dans les troubles addictifs, ça a été montré pour les maladies du foie, ça a été montré dans les maladies inflammatoires chroniques intestinales et donc on peut le décliner sur beaucoup de maladies.
Le cerveau joue un rôle aussi dans presque toutes les maladies.
Une prise en charge pluridisciplinaire
Docteur Sarah Longé, quand vous suivez des patients qui sont atteints par exemple de syndrome de l'intestin irritable, si vous avez besoin d'un avis de spécialiste, à qui les adressez-vous ? À un gastroentérologue ou à un psychologue, voire un psychiatre ?
L'enjeu va être surtout de mettre en place un travail qui va être pluridisciplinaire, puisque on le voit clairement avec les patients, quand on fait cette prise en charge à plusieurs, que ce soit un gastroentérologue, un médecin généraliste, une psychologue, un coach APA, des gens qui vont aider à bouger mieux de manière adaptée, on va avoir une amélioration et une diminution de ces symptômes qui sont invalidants.
La psychonutrition et les liens entre alimentation et humeur
Docteur Emmanuelle Bocandé, qu'est-ce qui a motivé le laboratoire PiLeJe de concentrer cette 8e édition de la campagne "Ma santé passe par mes microbiotes" sur l'axe intestin-cerveau ?
Alors c'est un axe dont on parle beaucoup. On l'a évoqué juste avant, on sait que certaines pathologies, comme le syndrome de l'intestin irritable, présentent des liens entre problèmes psychologiques et problèmes intestinaux. Mais au-delà de ça, il y a quand même un contexte très anxiogène. Bien avant la Covid, les études montraient une augmentation du stress, de troubles anxio-dépressifs, etc.
Et il est vrai qu'on est dans un contexte assez compliqué, avec de l'éco-anxiété, des problèmes géopolitiques, donc on voit très bien que ces problématiques explosent. Et donc de plus en plus d'individus cherchent des solutions, et entendant parler de cet axe intestin-cerveau, se pose la question de comment ils pourraient agir sur ce stress, sur leur état psychologique ou sur leur humeur, à travers finalement leur intestin et leurs microbiotes.
Et donc il peut être très intéressant, bien évidemment, on a parlé des prébiotiques, ça peut être aussi par une voie probiotique, mais aussi il y a toute une tendance actuellement qui se développe, qu'on appelle la psychonutrition, et qui justement étudie l'impact de certains nutriments, par exemple sur l'humeur. Donc c'est aussi pour ça qu'il nous paraissait important d'en discuter aujourd'hui.
Diversité du microbiote et rôle des fibres
Professeure Francisca Joly, de quelle façon précisément l'alimentation influence-t-elle l'axe intestin-cerveau ? Est-ce qu'on le sait d'abord ?
C'est une vaste question. On sait aujourd'hui que l'alimentation a un rôle majeur concernant cet équilibre, mais aussi ce qu'on appelle la diversité. On a besoin d'avoir des organismes vivants qui soient différents.
C'est comme un jardin en fait, il ne faut pas cueillir tout le temps les mêmes fleurs, les mêmes plantes, parce que sinon le risque c'est qu'à un moment donné ce soit la mauvaise herbe, la mauvaise plante qui prenne exactement. Et donc le fait d'avoir plein d'organismes vivants différents, donc c'est de la diversité, est probablement un élément majeur. Et nos bactéries par exemple, elles vont se nourrir de quoi ? De fibres qui ne sont pas digérées au préalable.
Et donc on a besoin d'amener aussi dans notre alimentation de la diversité pour bien nourrir ce microbiote qui lui-même va permettre en fait d'être en bonne santé.
Ce menu préparé par la cheffe Albane Auvray est un exemple pour se faire plaisir sur le plan gastronomique tout en prenant soin de son microbiote et de son bien-être mental. Est-ce que vous pourriez nous en dire plus ?
Absolument, donc on voit déjà qu'il y a des légumes, il y a beaucoup de fibres, donc on est dans une alimentation on va dire plutôt de type méditerranéenne, saine, mais surtout nos bactéries vont adorer ça. Quand on a un intestin irritable par exemple, on va dire ah oui c'est super de manger tout ça, mais comment je fais pour tolérer en fait ? Et donc il faut dissocier je pense de ce qui est bon pour la santé de manière globale pour tout le monde, de après comment je fais pour tolérer ce qui est censé être bon pour la santé ?
C'est là en fait où parfois l'équilibre est difficile et c'est pour ça qu'il faut aussi beaucoup communiquer pour éventuellement dire ok ça c'est bon pour la santé mais comment je fais en fait ?
Le régime méditerranéen et le bien-être mental
Professeur Perlemuter, d'une façon générale, peut-on dire que le régime méditerranéen dont parlait le professeur Joly est favorable aux microbiotes et de ce fait à l'axe intestin-cerveau ?
Alors effectivement le régime méditerranéen qui est caractérisé par une alimentation riche en légumes, pauvre en viande, pauvre en laitage, riche en graisse oméga 3, oméga 9 comme l'huile d'olive, qui comporte des poissons, c'est une alimentation très anti-inflammatoire donc qui va protéger l'organisme, qui va aussi favoriser le microbiote et de nombreuses études ont montré que ce type d'alimentation avait un effet sur le mental quasiment aussi important, on compare des chèvres et des choux, mais aussi important que un soutien psychologique en termes de dépression ou anxiété et effectivement par cette alimentation, en ciblant le microbiote, en modifiant ce qu'on appelle les métabolites fabriquées par le microbiote, on va modifier le comportement du cerveau et on va améliorer son humeur.
Et vous, cette adaptation alimentaire que vous avez entreprise, est-ce qu'elle a eu un impact sur votre bien-être mental ?
Alors oui parce que quelque part c'est vrai qu'on mange plus sainement, on élimine forcément la malbouffe donc on a tendance à s'orienter plutôt vers une alimentation plutôt saine, plutôt de légumes, de fibres, d'aliments crus ou cuits, moins de viande, de choses comme ça, un petit peu moins de glucides, un peu moins de sucre également et c'est vrai qu'on se dirige un petit peu instinctivement vers une alimentation plus saine, je dirais que c'est pas désagréable à vivre au quotidien.
Et par exemple, ce que nous mangeons ce soir, est-ce que ça vous convient par rapport au syndrome de l'intestin irritable ?
Déjà je dirais que c'est délicieux, il faut reconnaître quand même que c'est délicieux. Oui je dirais que les assiettes qui nous ont été présentées correspondent vraiment à quelqu'un qui souffre du SI, hormis j'ai une petite retenue sur les champignons en entrée parce que c'est vrai que c'est un aliment qui est un petit peu difficile à digérer pour certains d'entre nous, mais dans l'ensemble oui ça correspond très bien à l'alimentation appropriée.
Le microbiote intestinal chez les personnes âgées
Docteur Sarah Longé, donc je le disais tout à l'heure, vous êtes également gériatre, est-ce qu'il existe des particularités du microbiote chez les personnes âgées ?
Alors effectivement déjà sur cette population très particulière, on parle de gériatrie au-delà de 70 ans, on va dire 70, 80, 90, l'enjeu c'est que la physiologie va changer. Le corps ne fonctionne plus de la même manière et les pathologies sont d'autant plus présentes. On parle en général de polypathologie, donc on peut se retrouver avec des patients qui vont cumuler des problématiques de santé et qui vont aussi malheureusement cumuler des thérapeutiques.
Parfois on voit arriver des gens qui ont 15 traitements, 20 traitements sur la même ordonnance, donc c'est compliqué et tout ça, on sait que ça influence le microbiote intestinal.
Dépression et microbiote : les pistes étudiées
Professeur Perlemuter, nous parlions tout à l'heure de dépression, est-ce que dans le cas d'une dépression il faut porter attention à son microbiote et choisir particulièrement son alimentation pour optimiser le traitement antidépresseur ?
Dans les dépressions comme vous dites légères à modérées ou le syndrome anxio-dépressif, là il faut faire attention, enfin il faut faire attention, l'alimentation va jouer un rôle sur le comportement, sur l'état de l'humeur et il a même été montré que dans des modèles animaux quand vous avez des... alors la souris n'est pas dépressive mais on manipule la souris pour entraîner quelque chose qui ressemble à la dépression, vous pouvez augmenter l'efficacité d'un traitement antidépresseur en ciblant, pas tant l'alimentation mais certains métabolites fabriqués par le microbiote intestinal, comme des acides gras à chaîne courte ou alors amener plus de tryptophane qui est un des précurseurs de la sérotonine à des souris et vous allez augmenter l'efficacité du traitement antidépresseur de la souris.
Alimentation et mode de vie : les conseils des experts
Quel conseil pourriez-vous donner puisque vous êtes professeur de nutrition aux spectateurs qui nous regardent, pour évidemment améliorer le microbiote et le bien-être ?
Le bon sens : privilégier les fruits, les légumes et cuisiner soi-même avec les aliments qu'on achète. Parfois, lorsqu'on achète des conserves où tout est déjà préparé, il y a des additifs. Aujourd'hui, on sait qu'ils peuvent avoir des effets négatifs sur l'intestin, sur les maladies inflammatoires et sur l'inflammation. C'est finalement du bon sens.
Professeur Perlemuter, au-delà de la nutrition, quels autres conseils pourriez-vous donner à nos téléspectateurs pour prendre soin de leurs microbiotes ? Est-ce qu'il y a des choses à faire, à ne pas faire ?
C'est très important ce que vous posez comme question parce qu'on a beaucoup parlé du syndrome de l'intestin irritable, de l'alimentation et l'alimentation n'est qu'une des armes, qu'un des piliers pour soigner le syndrome de l'intestin irritable et si on espère par l'alimentation ou en ciblant le microbiote guérir le syndrome de l'intestin irritable, et le médecin et le professionnel de santé et le patient vont dans le mur, c'est beaucoup plus compliqué que ça.
Et donc oui il y a d'autres leviers à utiliser pour prendre soin du microbiote, vous avez ce que vous mangez, vous avez quand vous le mangez, manger le matin c'est normal, manger trop le soir ça va être néfaste, vous avez comment vous mangez, on en a parlé, il faut mâcher, vous avez l'activité physique qui va avec, qui peut aussi améliorer, vous avez l'état psychologique que vous avez, si vous mangez à toute allure, si vous êtes dans une période de stress, déménagement, décès, divorce, ce que vous voulez, vous aurez des hormones qui vont être différentes, un tube digestif qui va se comporter de façon différente, des modifications du microbiote, donc tout ça c'est ce qu'on appelle la santé globale, et donc tous ces éléments doivent être pris en compte pour avoir une bonne santé, un bon microbiote.
Il faut bien comprendre que quand votre microbiote est en bonne santé, vous allez vous-même être en bonne santé et inversement.
Psychobiotiques : recherches et accompagnement
Les dernières recherches laissent entendre que les psychobiotiques peuvent être bénéfiques pour la santé mentale, qu'en pensez-vous ? Puis un mot déjà pour définir le mot psychobiotique.
Alors psychobiotique c'est une contraction de psychologie ou psychiatrie et probiotiques, les probiotiques ce sont des êtres vivants, bactéries, champignons qui pris en quantité suffisante vont avoir un effet bénéfique sur votre santé. Donc est-ce que les probiotiques peuvent avoir un effet sur le fonctionnement du cerveau ?
Ça a été bien montré dans des modèles animaux, les études chez l'homme sont plus compliquées mais il y en a qui montrent que certaines bactéries peuvent agir à la fois sur la digestion, sur le niveau d'anxiété, vous avez des composés fabriqués par les bactéries comme certains acides gras à chaîne courte, qui ne sont pas directement des probiotiques mais qui peuvent agir sur le comportement chez la souris, et donc tout ça c'est comment cibler le cerveau en ciblant le microbiote intestinal.
Donc oui les probiotiques au moins dans des modèles animaux peuvent avoir un effet bénéfique sur le comportement et je trouve personnellement, et là je parle en tant que prescripteur de terrain, chez quelqu'un qui a une fatigue, un petit syndrome anxio-dépressif, il ne faut pas tout médicaliser tout de suite avec de l'allopathie, il faut faire au contraire tout ce qu'il y a autour, que ce soit un soutien psychologique, de la cohérence cardiaque, ce que vous voulez, et pourquoi pas l'accompagner avec des compléments alimentaires comme des probiotiques ou des psychobiotiques.
Docteur Emmanuelle Bocandé, quelle est la position de PiLeJe sur la question "Quelle place donnez-vous aux psychobiotiques dans la prise en charge du bien-être mental ?"
Alors déjà il faut comprendre que chez PiLeJe, en tant qu'expert des plantes justement en phytonutrition, on s'est toujours intéressé au bien-être mental puisqu'on sait très bien que c'est une approche ancestrale finalement de ce type de prise en charge.
Au-delà de ça, ça a déjà été dit, il y a eu une émergence ces dernières années de travaux qui ont montré que l'axe intestin-cerveau et notamment le microbiote jouaient un rôle important justement dans ce bien-être mental, et conjugué bien évidemment à notre intérêt historique pour les microbiotes et les probiotiques ou les prébiotiques.
Nous nous sommes bien évidemment rapprochés et avons collaboré avec des instituts de recherche comme par exemple l'INRAE en France pour justement étudier en quoi certaines bactéries pouvaient agir sur cet axe microbiote intestin-cerveau et donc jouer sur le stress, l'anxiété, l'humeur etc.
Pour vous répondre, oui bien évidemment, nous les psychobiotiques tiennent une place importante chez nous parce qu'on estime que ça peut être une approche, comme vient très bien de le dire le professeur Perlemuter, complémentaire à d'autres approches bien évidemment, et c'est pour ça aussi que nous prenons systématiquement l'avis d'un professionnel de santé parce que c'est absolument essentiel qu'il y ait une évaluation qui soit faite par le professionnel de santé de façon à orienter de façon correcte le bon patient au bon moment avec la bonne solution.
Les points essentiels à retenir
Donc si on se résume c'est cuisiner soi-même, éviter les aliments ultra transformés, adapter son alimentation à sa personnalité et à sa maladie, c'est surtout ce qu'il faut connaître son corps ?
Une alimentation plutôt méditerranéenne : les fruits, les légumes et comme on le disait tout à l'heure en fait parfois on oublie qu'il y a certains toxiques environnementaux ou des toxiques qu'on prend soi-même, enfin le tabac, l'alcool, certaines drogues forcément ont un effet quand même négatif et ne pas oublier l'activité physique. On voit que de plus en plus dans beaucoup de maladies chroniques, ça améliore beaucoup la fatigue, l'état psychique.
Ça diminue la douleur, la sensation de douleur, et ça améliore le bien-être mental et le microbiote intestinal.
Il faut bouger.
Microbiote, alimentation et cerveau : les questions essentielles
Pourquoi appelle-t-on l’intestin notre deuxième cerveau ?
L’intestin possède des neurones tout au long du tube digestif. Ils participent notamment à ses contractions et lui permettent de communiquer avec d’autres organes, dont le cerveau. Cette communication fonctionne dans les deux sens.
Comment l’alimentation peut-elle influencer notre humeur ?
L’alimentation peut modifier la composition du microbiote intestinal. Les bactéries intestinales produisent notamment des métabolites susceptibles d’agir sur le fonctionnement du cerveau. Ces mécanismes font partie des pistes étudiées pour mieux comprendre les liens entre alimentation, microbiote et bien-être mental.
Quels aliments privilégier pour prendre soin de son microbiote intestinal ?
Une alimentation diversifiée, riche en fibres, contribue à nourrir les bactéries intestinales. Les intervenants mettent notamment en avant l’alimentation de type méditerranéen, qui privilégie les légumes, les poissons et les matières grasses comme l’huile d’olive.