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Le microbiote cutané

Le microbiote cutané représente l’ensemble des micro-organismes vivant sur la peau.

 

La peau : un organe vital 

Bien plus qu’une enveloppe externe, la peau est un véritable organe nécessaire à la vie.

Elle constitue la césure et le terrain d’échanges entre notre environnement intérieur et l’environnement extérieur, et est de fait exposée à de multiples agressions et variations auxquelles elle s’adapte en permanence.

La peau revêt donc, entre autres, une fonction barrière, autrefois attribuée à sa seule structure et composition. Mais l’avancée de la science a permis de mettre au jour qu’elle était dûment épaulée dans ses fonctions protectrices par une armée de micro-organismes invisibles à l’œil nu mais présents par millions sur chaque centimètre carré de peau (1) : le microbiote cutané.

Quels sont les composants de ce microbiote cutané ? Que se passe-t-il en cas de perturbations de ce microbiote ? Comment le préserver?

La peau : carte d'identité

Carte d'identité peau

La peau est un organe de quelques millimètres d’épaisseur, de composition hétérogène. Malgré cette finesse, différentes couches de cellules sont superposées et possèdent des fonctions différenciées : l’épiderme, le derme et l’hypoderme (2).

L’épiderme

Il s’agit de la partie visible de la peau, de la couche la plus externe. Il mesure jusqu’à 1 mm d’épaisseur et on peut y distinguer un épiderme « vivant » où sont présentes des cellules en renouvellement (kératinocytes) et un épiderme « mort » appelé couche cornée. Cette couchée cornée est constituée de cellules sans noyau (cornéocytes), qui seront remplacées tous les 28 jours par le processus de desquamation naturelle, soit le processus d’élimination des couches superficielles de l’épiderme sous forme de petites lamelles. Des lipides entourent les cellules de la couche cornée, et jouent un rôle capital de structure.

Au sein de l’épiderme, il n’y a aucun vaisseau sanguin, mais beaucoup de terminaisons nerveuses, permettant la sensibilité au toucher, aux variations de températures, à la douleur, etc.

« La vitamine D présente dans l’épiderme est la seule vitamine synthétisée par le corps humain, et joue un rôle essentiel dans notre état de santé »

C’est au sein de l’épiderme qu’est synthétisée la mélanine, produite en réaction aux ultraviolets des rayons solaires et donnant ainsi une couleur plus ou moins brune à la peau, et également la vitamine D (3).

Sous l’effet du soleil, la vitamine D est produite à partir du cholestérol et est la seule vitamine synthétisée par le corps humain (4). Elle favorise l’apport de calcium vers les os, intervient dans la bonne gestion de la douleur et joue un rôle important dans l’immunité générale. Une exposition au soleil quotidienne d’environ 20 min, d’avril à novembre et de 11h à 16h, est un facteur important pour des taux sanguins suffisants de vitamine D (5).

L’épiderme comprend également des cellules immunitaires. Il est par ailleurs recouvert d’un film hydrolipidique, pellicule constituée d’un mélange de sueur, d’eau, et de sébum produit dans la couche inférieure, le derme.

C’est principalement à ce niveau que l’on trouve le microbiote cutané.

Le derme

Le derme est la structure la plus épaisse de la peau, environ 4 fois plus que l’épiderme. Il est séparé de ce dernier par la jonction dermo-épidermique, qui joue un rôle important pour la cohésion de la peau. Le derme confère à la peau sa souplesse et son élasticité, car il contient des cellules appelées fibroblastes, synthétisant de l’élastine, de la réticuline et du collagène. Avec l’âge, ces protéines viennent à manquer et on voit alors apparaître rides, ridules et affaissement de la peau.

Le derme contient aussi de l’acide hyaluronique, bien connu en cosmétique pour ses propriétés à retenir l’eau et à combattre la dessiccation de l’organisme.

Riche en terminaisons nerveuses, en vaisseaux sanguins et lymphatiques, il contient également des glandes sébacées (qui produisent le sébum, sorte de cire naturelle visant à protéger la couche cornée) et les glandes sudoripares qui permettent le phénomène de transpiration. Les follicules pileux se trouvent également dans cette zone, ainsi que des cellules immunitaires qui s’ajoutent à celles de l’épiderme.

L’hypoderme

Hypo- signifiant sous, l’hypoderme vient donc se placer sous le derme. C’est la couche la plus profonde de la peau. Il est formé de cloisons fibreuses et de cellules graisseuses, les adipocytes, qui séparent mécaniquement la peau des fascias musculaires. L’hypoderme représente la réserve énergétique du corps (exemple : stockage des graisses dans l’hypoderme de la peau du ventre ou du menton), ainsi que l’isolant thermique et physique. En effet, il permet la régulation de la température du corps et la protection face aux coups et chocs mécaniques. L’épaisseur de l’hypoderme est fonctions des apports alimentaires.

A noter que l’hypoderme est absent au niveau des paupières et des oreilles. D’ailleurs, certains médicaments topiques (= en application cutanée) s’appliquent au niveau de l’oreille pour une meilleure absorption.        

Les différentes couches de la peau
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Figure 1 : les différentes couches de la peau

Les fonctions de la peau 

En résumé, ces différentes couches cellulaires agissent en étroite collaboration pour assurer différentes fonctions vitales :

  • Protection contre les rayons UV (fabrication de mélanine et photo réflexion)

  • Régulation de la température (par la sudation et grâce aux capillaires sanguins)

  • Perception sensorielle : douleur, chaud, froid

  • Synthèse de vitamine D (par les cellules de l’épiderme)

  • Protection physique et immunitaire, notamment contre les agents biologiques et chimiques

Mais pour assurer cette fonction de protection, la seule structure cellulaire de la peau n’est pas l’unique maître d’œuvre. Depuis quelques années, des micro-organismes invisibles à l’œil nu se fraient un chemin de plus en plus important dans les sujets des études dermatologiques. Longtemps occultés par leurs voisins présents dans le tractus digestif, constituant le microbiote intestinal, ces micro-organismes cutanés commencent à dévoiler leurs secrets et le voile se lève progressivement sur le microbiote cutané.

Le microbiote cutané

Qui aujourd’hui n’a pas entendu parler du microbiote intestinal ? A l’instar de ce dernier, le microbiote cutané est constitué de micro-organismes pluriels : des bactéries, des virus, des champignons, et également des parasites (de la famille des acariens) (6). Il est également appelé flore cutanée. Cette flore se situe au niveau de l’épiderme, et en quantité plus dérisoire au niveau du derme.

Ces micro-organismes colonisent le nouveau-né dès la naissance. Si celle-ci se fait par voie basse, le microbiote cutané de l’enfant sera constitué à partir du microbiote vaginal de la maman. Si une césarienne a lieu, ce sont les échanges cutanés entre la mère et l’enfant qui influenceront le 

développement de son microbiote cutané (7).

Qu'est-ce qu'un microbiote  ?

 

Chez l'Homme, le microbiote désigne l'ensemble des micro-organismes (bactéries, levures, virus...) présents sur un épithélium. Un épithélium est la surface d'échanges entre l'intérieur et l'extérieur du corps. Ainsi, il existe différents microbiotes : buccal, respiratoire, intestinal, uro-génital, oculaire, cutané.

 

Le microbiote cutané se développe au fur et à mesure de l’avancée en âge, pour atteindre en moyenne 1000 milliards de bactéries, et 1000 espèces de virus, parasites et champignons. Lorsque l’on considère l’ensemble des gènes de tous ces micro-organismes, il dépasse largement le nombre des gènes de nos chromosomes humains.

Le microbiote cutané est constituté de 1000 milliards de bactéries et de 1000 espèces de virus

 

Le microbiote cutané est un marqueur individuel, car il varie de manière quantitative et qualitative d’une personne à l’autre. Des variables telles que l’âge, le sexe, le système immunitaire, le pH, la température ou encore l’humidité vont modifier la composition du microbiote de la peau.

Par exemple, la peau étant plus acide chez l’homme que la femme, celui-ci aurait une densité microbienne plus importante (8). De même, l’utilisation produits cosmétiques et la production d’hormones créent des différences.

Toutefois, deux catégories distinctes peuvent être identifiées au sein du microbiote cutané : la flore « résidente » et la fore « transitoire ».

La flore cutanée résidente

Comme son nom l’indique, la flore cutanée résidente vit en totale symbiose avec la peau. On parle d’organismes commensaux, c’est-à-dire vivant aux dépens de leur hôte sans provoquer de maladie. Elle est au premier rang pour la défense contre les micro-organismes pathogènes, car la place qu’elle occupe sature l’espace et empêche la fixation d’organismes indésirables.

Une bactérie est particulièrement représentative de cette flore résidente au niveau de l’épiderme : Staphylococcus epidermidis (9), ainsi que la levure Malassezia (10) que l’on retrouve au niveau des zones riches en sébum (front, dos, visage et cuir chevelu).

En effet, différents types d’habitats « microbiotiques » peuvent être distingués selon l’épaisseur de la peau, la présence de plis et la densité des follicules pileux et des glandes sébacées. Ces habitats représentent trois grandes zones du corps : sites sébacés, sites humides et sites secs (voir figure ci-dessous).

La flore cutanée résidente est présente dans toutes les couches de la peau selon de récentes études (12) : épiderme, derme et hypoderme.

sites corporels et microbiotes
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Figure 2 : les différents sites corporels et la répartition du microbiote (10)

La flore cutanée transitoire

La flore transitoire ne s’établit pas de façon permanente à la surface de la peau, elle varie au cours de la journée, dépend des activités réalisées et des variations des conditions environnantes. Elle peut être présente quelques heures, ou quelques jours.

Les micro-organismes qui la composent sont pour la plupart inoffensifs, dits saprophytes, c’est-à-dire se nourrissant de matières organiques en décomposition. Cette flore peut également être constituée de bactéries pathogènes opportunistes et entraîner des maladies, si les défenses de l’hôte faiblissent.

Une des espèces transitoires les plus communes est Staphylococcus aureus, mise en cause dans la dermatite atopique.

La peau et son microbiote : des alliés de protection 

Les micro-organismes présents sur la peau et composant la flore résidente ne sont pas opportunistes : ils remplissent des fonctions très utiles pour la protection de l’organisme. En effet, le microbiote cutané joue un rôle barrière et protège son hôte6.

Ainsi, l’hôte et le microbiote cutané peuvent coopérer pour lutter ensemble contre l’invasion d’agents pathogènes et favoriser les guérisons.

Lorsqu’un germe pathogène tente de pénétrer l’organisme via l’épiderme, plusieurs mécanismes de défense entrent en jeu:

  • Le microbiote cutané constitue une première barrière, par le manque d’espace disponible pour la fixation du germe pathogène (voir figure 2)

  • Les bactéries du microbiote peuvent synthétiser des molécules toxiques, des bactériocines, qui sont des antibiotiques destinés à tuer d’autres espèces bactériennes

  • Les cellules de l’épiderme peuvent synthétiser des peptiques et lipides antimicrobiens

  • La sueur contient des enzymes pouvant détruire les parois cellulaires bactériennes

  • Pour qu’un pathogène adhère aux cellules de l’épiderme, il faut que des récepteurs soient présents : cela pourrait expliquer certaines susceptibilités individuelles aux dermatites en cas de surreprésentation de ces récepteurs

  • Le pH de la peau, acide (compris entre 4,7 et 7) est défavorable au développement des pathogènes

  • Des cellules immunitaires sont présentes dans la peau

rôle barrière microbiote cutané
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Figure 3 : rôle barrière du microbiote cutané (13)

Un seul mot d’ordre : prendre soin de son microbiote cutané

Sous l’effet de la desquamation naturelle, permettant le renouvellement de l’épiderme, ainsi qu’aux pratiques d’hygiène corporelle, le microbiote cutané doit se renouveler continuellement (14).

Les facteurs environnementaux vont jouer un rôle important dans l’efficacité de ce renouvellement.

Une fréquence importante de lavage peut agresser le film hydrolipidique et détériorer la ré-adhésion de la flore cutanée. Egalement, l’utilisation de savons au pH trop élevé (supérieur à 7) va détériorer le microbiote existant ou favoriser certaines bactéries néfastes. Par exemple, la bactérie Staphylococcus aureus, impliquée dans la dermatite atopique, se développe à un pH supérieur à 7 (15).

L’utilisation de crèmes, lotions, nettoyants, déodorants, antibiotiques ou anti-transpirants peuvent avoir un impact important sur la composition des communautés microbiennes cutanées, en particulier l’utilisation excessive et/ou prolongée de savons antibactériens. On parle de dysbiose lorsque qu’il y a déséquilibre du microbiote.

La biodiversité environnementale joue également un rôle : vivre à la campagne ou vivre en ville n’aura pas la même incidence sur la diversité du microbiote cutané, celui-ci étant beaucoup plus diversifié chez les personnes habitant à la campagne.

Plus l’exposition à des micro-organismes variés sera importante, plus l’immunité cutanée sera efficace et les risques d’allergie diminués.

On retrouve une telle exposition au moment de l’accouchement. Les enfants étant davantage exposés aux allergies, à l’asthme et aux dermatites atopiques lorsqu’ils sont nés par césarienne.

L’avancée en âge induit également des variations hormonales, qui ont des répercussions sur la composition du microbiote.

Ainsi, parmi les pistes pour prendre soin de son microbiote cutané et prévenir les maladies dermatologiques ou globales :

  • Utiliser des produits de soin adaptés au pH de la peau (situé aux alentours de 5,5)

  • Utiliser les produits antiseptiques avec parcimonie et de façon très ponctuelle

  • Ne pas se laver trop fréquemment (pas plus d’une fois par jour) sous peine d’agresser la peau

  • S’hydrater avec des produits adaptés (l’application d’émollients favorise la diversité de la flore cutanée)

  • Bien se sécher dans les zones à plis pouvant retenir l’humidité

  • Consulter en cas de démangeaisons, rougeurs, sécheresses durables

Mis en ligne le 29 juin